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Peut-on faire fonctionner un service d’urgence sans médecins ? - L'exemple du service des urgences de Mulhouse

Actualités du Lundi le 04 novembre, 2019

Peut-on imaginer voir un service d’urgence fonctionner sans médecins ? Cela semble irréaliste. Et pourtant. 

Cette dernière année, le service des urgences de l’hôpital de Mulhouse a, en effet, vu ses médecins disparaître à la manière d’une peau de chagrin. Il aura suffi de quelques mois pour que partent deux tiers de ses effectifs de séniors. De démissions en démissions, ils sont ainsi passés d’une trentaine de médecins séniors, effectif théorique, à moins de dix encore en poste aujourd’hui. 

Puis, début octobre, ce sont tous les internes du service qui ont été mis en arrêt maladie, signe d’un profond malaise, s’il en est. C’est indirectement le signe, aussi, d’une grande solitude, car quel encadrement les internes peuvent-ils encore espérer, avec une telle pénurie de séniors ? À l’approche du changement d’internes, prévu début novembre, ceux qui devaient prendre le relais avaient déjà évoqué la perspective de ne pas venir rejoindre leur poste dans des conditions aussi dégradées... Des négociations ont eu lieu, mais la situation reste fragile et l’évolution à suivre.

Pour revenir aux médecins séniors, malgré des échéances annoncées et moult réunions à différents niveaux, la situation reste, en effet, extrêmement précaire. Le nombre de lignes de présence effective (SMUR, Urgences) a été raboté, faute de pouvoir remplir les plages de planning vacantes. Pour l’heure, la principale solution invoquée est le recours au volontariat. Pourtant, celui-ci connaît d’importantes limites : il suffit d’observer, à cet égard, l’évolution de la permanence des soins de ville ces dernières années. Ceci, malgré des incitations financières, car elles ne sont qu’incitation, n’apportant in fine pas de réponse durable aux problèmes de fond -et notamment, en filigrane, celui de la perte d’attractivité des carrières hospitalières-. 

Il suffit souvent d’un grain de sable au sein d’une situation tendue pour qu’elle dégénère en cascade, dans une sorte d’effet papillon. Chaque vacance de poste est, directement ou indirectement, synonyme d’une augmentation de la charge pour ceux qui restent. C’est un cercle vicieux.
Les collègues des autres services de l’établissement craignent d’être contraints à leur tour à intervenir aux urgences, faute d’un nombre suffisant de volontaires pour combler les listes de gardes et se retrouver ainsi en quelque sorte tôt ou tard en situation de « volontaires désignés ». Or, si les plus anciens ont bien connu cet exercice, celui-ci signerait pourtant un retour en arrière, la pratique aux urgences étant devenue une véritable spécialité en soi. Mais ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas là d’un combat corporatiste, il faut du temps et des gens pour soigner : nos collègues sont inquiets, principalement, pour la qualité des soins, soucieux d’exercer correctement leur travail, sans renier leur éthique -encore une fois, la rémunération ne fait pas tout-.

En filigrane, bien entendu, l’épineuse question des responsabilités. On ne peut, hélas, dans de telles conditions dégradées, que redouter l’accident ; mais est-il besoin d’attendre qu’il survienne, pour prendre des mesures allant dans le sens de la dignité, plutôt que de susciter a posteriori l’indignation ? 

Car l’hôpital de Mulhouse est tout sauf un « petit » hôpital. Centre Hospitalier Régional, c’est aussi l’hôpital de référence de son Groupement Hospitalier de Territoire, Sud Alsace, lequel comprend aussi les Centres Hospitaliers de Thann, Cernay, Altkirch et Saint-Louis, soit un bassin de population concerné de plus de 400 000 habitants.

Peut-on imaginer un hôpital de cette taille, hôpital de recours pour les structures plus petites, pour les médecins de ville, doté d’un service d’urgences qui fonctionne sur la base du volontariat, voire pire de la contrainte, de manière correcte et durable? 

Le SNPHARE est très préoccupé par la situation inquiétante de nos collègues Praticiens Hospitaliers Mulhousiens. 

Le SNPHARE exige :
- des mesures exceptionnelles d’attractivité pour le recrutement pérenne de praticiens urgentistes à l’hôpital de Mulhouse
une limitation du « débauchage » des médecins d’autres spécialités, lequel ne peut se faire que sur le mode du volontariat, dans la limite de la compétence de chacun et jamais sans la présence sur place d’un médecin spécialisé en médecine d’urgence
- un encadrement de l’exercice médical des internes

Lire le communiqué de presse, ci-dessous

 


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